Trois balles en plein visage, une tache de sang et Rorschach

Trois balles en plein visage, une tache de sang et Rorschach


 L’info a fait le tour du monde.

Une jeune mère a été abattue par la milice de Trump. Un Américain décrit ce meurtre de sang-froid comme un test de Rorschach à grande échelle, au regard des réactions radicalement divergentes suscitées par cet assassinat. Une tache d’encre indélébile sur les États-Unis, qui s’étend bien au-delà des frontières.

L’association est évidemment symbolique. Le test de Rorschach est un outil d’évaluation psychologique controversé qui vise à analyser la manière de penser, la perception de la réalité, la gestion des émotions et les mécanismes de défense…

Ainsi se dessinent deux grands blocs. Le premier est constitué d’individus profondément choqués par cet assassinat. Ils dénoncent l’usage d’une violence devenue banale par ICE, la milice anti-immigration. Ce n’est pas la police, encore moins des militaires, et pourtant ses membres se comportent comme des cowboys, enlèvent des gens sans mandat, gazent et tirent sur la population civile.

Pour ce groupe, l’accumulation de bavures (plus de 30 civils tués par ICE depuis 2025), les abus de pouvoir et la terreur sont des signaux d’alerte du basculement de leur pays vers le fascisme.

La milice circule partout, même de nuit, répandant la peur dans les quartiers. Si bien que nombre de maires et de gouverneurs menacent aujourd’hui d’utiliser la force pour dégager ICE de leur territoire. Ce groupe voit donc dans ce meurtre un drame humain avant tout. Une violation des droits humains et des libertés. Bref, un assassinat qui n’existerait pas sans la présence d’ICE en plein cœur des quartiers populaires.

De l’autre bord, d’autres regardent ce meurtre et leur première réaction est de féliciter « la police » (quand bien même le tueur n’est pas policier). Ils disent qu’elle l’a mérité. Qu’elle était un danger. Qu’elle aurait dû être ailleurs, agir autrement, se soumettre à cette milice toute-puissante.

Leur position est assumée, c’est celle de la soumission volontaire à l’appareil répressif armé mis en place par le gouvernement. Quoi qu’il arrive, ils abandonnent leurs valeurs fondamentales ainsi que les droits humains élémentaires au nom de cette soumission. Tout devient alors permis, y compris tirer en plein visage de quelqu’un.

Qu’est-ce que cela raconte de l’état psychologique des individus ?

Cela raconte d’abord une chose simple et glaçante : la violence n’est plus perçue comme un échec, mais comme une solution acceptable. Pire, comme une réponse morale nécessaire à l’ordre. Quand une partie de la population justifie l’exécution sommaire d’une civile en invoquant la sécurité ou l’obéissance à une entité, ce n’est plus l’État de droit qui structure les esprits, mais la peur, la soumission et la haine. Une peur si profondément intériorisée qu’elle transforme l’autorité armée en entité sacrée, intouchable, toujours légitime, même lorsqu’elle tue. Trump est une divinité et ses sbires sont intouchables. Les nazis n’ont pas inventé ces mécanismes humains. Ils se reproduisent à l’envi dans certaines conditions. Et ces conditions sont réunies.

Ce glissement psychologique est donc connu. Hannah Arendt parlait de la banalité du mal. Ici, il ne s’agit même plus de banalité, mais d’adhésion au mal. L’individu ne se contente plus d’obéir : il applaudit, il rationalise, il soutient l’horreur. Il adopte spontanément le point de vue du bourreau, du bras armé, et en jouit publiquement. La victime disparaît alors complètement, réduite à une abstraction dangereuse, une variable gênante, une « erreur » qu’il aurait fallu éviter en se soumettant mieux, en fermant sa bouche, en disparaissant. Ceux qui s’opposeraient à la milice - et donc à Trump - font le choix de mourir. Leur vision est froide et absolue.

Par ce processus, la responsabilité est renversée. Ce n’est jamais la milice qui tire, mais la victime qui « provoque » sa mort. On ne questionne plus la légitimité de la violence : on en discute seulement les conditions d’application, car la violence contre son propre peuple est devenue obligatoire. C’est précisément à cet endroit que le test de Rorschach devient pertinent. Face à la même tache de sang, certains voient une tragédie humaine, d’autres un rappel à la soumission.

Oui, c’est exactement ici que la fracture devient irréconciliable. Car ce ne sont pas deux simples opinions politiques qui s’opposent, mais deux rapports au monde totalement opposés. Deux visions de l’humain. D’un côté, ceux pour qui la vie reste une valeur non négociable, même dans une situation chaotique. De l’autre, ceux qui acceptent que l’État, ou ce qui en tient lieu à un moment donné, décide de qui mérite de vivre ou de mourir sur-le-champ, sans procès, sans mandat, sans justification.

Ce meurtre n’est donc pas un fait divers. C’est un miroir de l’âme de chacun. Et ce que certains y voient, même par ici, devrait inquiéter bien au-delà des États-Unis. Car lorsqu’une société commence à percevoir l’exécution d’une civile comme une option discutable plutôt que comme une horreur absolue, ce n’est pas seulement la démocratie qui vacille. C’est la conscience collective elle-même.

Le bête immonde est de retour. Pas seulement en politique. Mais dans la noirceur de l’âme de ceux qui ne voient pas le mal s’insinuer en eux.

Mr Mondialisation l'a publié dans facebook le 10.1.26

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