· Cuba. 🇨🇺 Les images du chaos et d’une société désorganisée, la réalité d’une asphyxie totale organisée et d’une résistance déterminée.💪
Cuba.
Les images du chaos et d’une société désorganisée, la réalité d’une asphyxie totale organisée et d’une résistance déterminée.
Depuis quelques jours, les réseaux sociaux nous saturent d'images de Cuba qui semblent sorties d'un film post-apocalyptique : entreprises vides, bureaux dans le noir, et montagnes de poubelles qui s'entassent parce que les camions n'ont plus une goutte de diesel. Plus de bus, seulement des charrettes à chevaux et des gens qui marchent au milieu de nulle part, sur des routes vides.
Beaucoup s’interrogent sur l'échec du système socialiste cubain. Mais est-ce que c’est bien de ça qu’il s’agit ?
En fait, ce que nous voyons, c'est le résultat brutal d'une guerre économique totale du gouvernement Trump contre le gouvernement socialiste cubain. Dans ses sanctions contre le peuple cubain, que Trump déteste, on est passé d'une logique de pression commerciale à une logique de déconnexion technologique et énergétique totale pour organiser une asphyxie complète du pays.
Que se passe-t-il réellement ?
Cuba est un des pays qui est le plus étouffé au monde. Et cela ne date pas d’hier. Après les nationalisations qui ont suivi la révolution cubaine de 1959, le président américain Kennedy a signé en 1962 le décret instituant le blocus total (Executive Order 3447) contre « le péril communiste cubain » pour provoquer la faim et le renversement du gouvernement. Entre les Etats-Unis et Cuba, aucune relation commerciale n’est autorisée. Les Cubains se tournent vers l’Union soviétique. Et montrent au monde entier qu’on peut développer, dans un pays avec peu de ressources naturelles, l’enseignement gratuit, la santé gratuite et de qualité, de la nourriture et un travail pour tous, tout en organisant la solidarité avec les peuples du monde entier. Mais l’URSS s’écroule et avec elle l’aide et la collaboration entre Cuba et les pays du camp socialiste. Les Etats-Unis renforcent le blocus. En 1992 et 1996, les lois Torricelli et Helms-Burton donnent au blocus une portée "extraterritoriale". Washington s'arroge le droit de punir les entreprises tierces (européennes, canadiennes) qui commercent avec Cuba. Le blocus devient mondial. Cuba cherche à développer ses infrastructures touristiques. Les difficultés sont énormes. Mais le pays avance. Et reçoit le soutien du Vénézuela. Entre 2014 et 2016, Obama entame un dégel diplomatique. Les voyages et certains transferts sont assouplis, mais le socle législatif du blocus reste intact. Puis à partir de 2017, Trump durcit encore le blocus. Plus de 240 mesures supplémentaires sont prises. Cuba est réinscrite sur la liste des "États parrains du terrorisme", bloquant de fait l'accès au système bancaire mondial. Biden, quand il devient président américain, conserve l'essentiel des sanctions de Trump, maintenant l'île dans une asphyxie financière chronique.
Malgré toutes ses attaques, Cuba survit. Il ne vit pas. J’insiste, il survit. Car Cuba est pauvre. Mais Cuba est riche de sa solidarité. Et la solidarité peut faire des miracles.
Conséquence ? Même dans cette periode de survie, l’essentiel est maintenu (nourriture, travail, logement, enseignement gratuit et santé de qualité gratuite). L’espérance de vie cubaine a même atteint 78,9 ans (dépassant celle des USA à l'époque). Et aujourd'hui, malgré le recul lié à la pandémie et aux pénuries, elle continue de talonner celle des américains qui est tombée à 76,1 ans en 2021.
Trump, qui veut écraser toute résistance en appliquant la doctrine Monroe qui considère que les Etats-Unis ont le droit de décider tout ce qui se passe en Amérique centrale ou en Amérique du sud, veut la fin de ce « mauvais » exemple.
Le 29 janvier, il d’aller jusqu’au bout. Dorénavant, tout transfert, direct ou indirect, de ressources énergétiques ou de technologies de paiement vers la juridiction cubaine, est interdit. La raison ? Cuba est considéré selon le décret « d’urgence nationale » comme « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis. » Des directives opérationnelles autorisent désormais « le Secrétaire à la Défense et le Secrétaire à la Sécurité Intérieure à utiliser tous les moyens nécessaires, y compris l'interception et le déroutement, pour empêcher la violation de la quarantaine énergétique imposée à la juridiction cubaine. »
Cuba connaît un blocus depuis 62 ans. Mais depuis 15 jours maintenant, ce décret transforme le blocus en une véritable opération militaire hybride pour "débrancher" l'île. Et la tuer. Concrètement, les Etats-Unis ont mis différents moyens en place. Les connaître permet de mieux saisir l’intensité et l’objectif de cette mesure. L’objectif est que plus aucune goutte de pétrole n’arrive à Cuba.
Vu que 80 % de l'électricité cubaine dépend du pétrole, l’objectif est de mettre le pays à l’arrêt et de le faire imploser. Jusqu'au mois dernier, le Venezuela et le Mexique assuraient la survie du pays en livrant respectivement 55 % et 25 % du pétrole utilisé par Cuba.
Avec ce décret, aucun pétrolier vénézuélien et mexicain ne livre actuellement du pétrole. Et aucun autre pays ne prend le relais.
Pourquoi ? Les pays (Cuba nest pas le seul) qui subissent un blocus pétrolier américain tentent souvent d’organiser de la contrebande en mer. Les bateaux qui transportent le pétrole transbordent le pétrole à plein d’autres bateaux en pleine mer, de nuit, en coupant leurs systèmes de géolocalisation GPS. Cela peut fonctionner car les Américains n’arrivent plus à suivre. Et donc finalement, une partie du pétrole arrive à destination, avec des bateaux non identifiés. Mais ici, suite au décret, les satellites de la Nasa et de la Space force surveillent chaque mètre carré des Caraïbes. Tout pétrolier approchant l'île est repéré par imagerie thermique, même s'il coupe ses systèmes de localisation.
Pour garantir que l’asphyxie soit effective et qu’aucun pétrolier n’arrive près des côtes cubaines, les navires de guerre de l'US Navy (4ème Flotte) et les garde-côtes (US Coast Guards) patrouillent activement. C’est le « maritime interdiction and energy enforcement directive » décidé par Trump le 25 janvier. Cette directive permet d’imposer un "droit de visite" et des ordres de déroutement, décourageant physiquement les bateaux. Washington a menacé le Mexique et le Venezuela de tarifs douaniers punitifs (jusqu'à 50 %) sur leurs propres exportations vers les USA s'ils continuaient de livrer du pétrole à Cuba. Le Mexique a cédé le 27 janvier.
Tout autre pays qui tenterait de livrer du pétrole verrait automatiquement appliquer les mesures suivantes : les navires seraient bannis des ports américains, la cargaison serait saisie, la banque qui a facilité le payement ne pourrait plus effectuer de transactions internationales et les avoirs que le pays concerné possèderait sur le territoire américain seraient gelés. Et, en prime, le pays serait considéré comme « complice d’un état parrain du terrorisme » et est menacé de se voir appliquer des taxes douanières de 25 à 50 % sur les produits exportés vers les Etats-Unis.
Des pétroliers vénézuéliens ont fait demi tour le 27 janvier pour éviter qu’ils ne soient saisis par l’armée américaine.
Un pétrolier russe serait en route. Mais même si il décide de passer outre les menaces américaines, il n’amènerait que quelques dizaines de milliers de barils de pétrole à Cuba, soit à peine pour l’île de tenir quelques jours.
Ce décret interdit même tout recours aux monnaies cryptées. Cuba ne peut désormais plus amener de pétrole. Il ne peut plus non plus commercer. Les transactions internationales via le réseau SWIFT (le réseau international qui permet les transactions) sont quasi interdites depuis 2021. Mais dorénavant, même le recours aux transactions via les crypto monnaies est impossible.
Conséquences ? Depuis 15 jours, ces mesures frappent les femmes, les hommes, les enfants cubains avec une violence inouïe. Sans pétrole et donc sans électricité, les pompes à eau des villes ne fonctionnent plus. Dans les immeubles, les étages supérieurs n’ont plus d’eau courante. Ce sont des camions citernes qui approvisionnent et l’eau est transportée avec des seaux, en petite quantité. La très grande majorité des entreprises publiques et privées sont à l’arrêt. Dans la plupart des ministères et entreprises d'État, l'électricité est coupée à 8h30 du matin pour être réservée aux zones résidentielles le soir. Dans celles qui restent ouvertes, les employés travaillent dans une pénombre totale, sans ventilateurs et sans ordinateurs. On ressort les machines à écrire mécaniques et les registres papier. On ne peut plus émettre de factures, ni payer les salaires par virement. Le gouvernement a ordonné le télétravail pour vider les bureaux, mais sans électricité à la maison pour charger les téléphones ou alimenter les modems, l'activité économique est tout simplement à l'arrêt. Les camions poubelles n'ont plus de diesel. Dans de nombreux quartiers, les déchets s'accumulent. Ceux ci sont dorénavant ramassés par des charrettes à bras ou tractées par des chevaux. Dans les provinces, des charrettes à cheval transportent les malades non critiques vers les polycliniques. Puisqu'il n'y a plus de bus, tout véhicule d'État circulant (camion, voiture de fonction) a l'obligation légale de s'arrêter aux arrêts de bus pour charger le plus de monde possible. Dès que le courant revient (parfois seulement 4h par jour), c'est l'effervescence. Les familles cuisinent tout ce qui reste dans le congélateur avant que ça ne pourrisse. Des cuisines collectives au feu de bois s’organisent dans les quartiers. Sur 24h, les gens ont moins de 8h d'électricité.
La faute au gouvernement cubain ? Sur les réseaux, on lit que Cuba ne sait pas gérer ses ressources et qu’il n’arrive même pas à puiser dans ses réserves pétrolières pour contrer cette asphyxie.
Qu’en est-il ? Cuba possède effectivement des réserves de pétrole, en eaux profondes. Le pays est 80ème au niveau mondial dans le classement des réserves. Il aurait aussi, selon certains spécialistes, des réserves plus importantes en eaux très profondes qui le feraient grimper au classement.
Cuba extrait et transforme bien dans ses quatre raffineries le pétrole de ses réserves connues. Mais il a deux caractéristiques « néfastes ». Il est très lourd (encore plus que le pétrole vénézuélien qui est déjà considéré comme un des plus lourds du monde) et il est soufré. Donc il ne peut pas être utilisé pour produire de l’essence et du diesel pour les véhicules ou du kérosène pour les avions. Il ne peut être utilisé que pour alimenter les centrales thermiques et produire de l’électricité. Et même dans ce cas, il a besoin d’être mélangé à du pétrole léger (et donc importé). Et à cause du soufre, il détruit littéralement les installations pétrolières cubaines.
Des réparations sur les installations soviétiques pourraient être effectuées mais il manquerait encore le pétrole léger à mélanger et à cause de la "règle des 10 %" qui interdit d'exporter vers Cuba toute pièce contenant plus de 10 % de technologie US, l'île ne peut importer aucune pièce de remplacement, sous peine de soumettre les pays qui amènent leurs pièces et les entreprises précises qui les produisent à un bannissement mondial.
Alors face à cet étranglement, le gouvernement a activé un plan de survie.
D’abord, le gouvernement veut que tout le monde puisse manger et que tout le monde puisse continuer à être soigné. Le rationnement de la nourriture de base (riz, sucre, haricots, huile, café et protéine) est renforcé pour garantir le minimum vital à tous et empêcher l'accaparement par les plus aisés. Le lait est désormais réservé aux enfants de moins de 7 ans. Le télétravail est généralisé et il y a le retour massif à la traction animale dans l'agriculture pour économiser chaque goutte de carburant. Le pétrole qui reste aujourd’hui va en priorité aux hôpitaux, aux générateurs, au pompage pour les camions citernes et au maintien d’une certaine logistique pour le transport des aliments. Le reste est « débranché ».
Mais même avec ces mesures, on se demande tous comment les Cubains vont tenir le coup face à cette violence extrême.
Le gouvernement a un plan concret (qu’il met déjà en pratique) pour sortir de cette asphyxie le plus rapidement possible et rendre ce blocus obsolète. En effet, Cuba travaille d’arrache pied à devenir indépendante du pétrole. Avec l’aide de la Chine, dès 2024, ils ont lancé un plan « transition énergétique 2030 ».
Ce n'est pas seulement de l'aide, c'est un transfert massif de souveraineté technologique. Là où les États-Unis bloquent le passé (le pétrole), Pékin finance le futur de l'île. L’objectif ? Installer 4 millions de panneaux solaires d’ici 2028 pour sortir de la dépendance énergétique au pétrole. Cela fait un équivalent théorique de 2 réacteurs nucléaires. Cette énergie solaire permettrait d’atteindre une souveraineté énergétique totale à l’horizon 2030, couplé à des batteries géantes pour l'autonomie nocturne. Pour y arriver, le flux de bateaux chinois transportant ces panneaux et ces batteries est constant. Ces matériaux sont transportés à dos de chevaux, ou sur des charrettes, jusqu’à leur emplacement définitif sur le site où les Cubains et les Chinois travaillent 24 heures sur 24.
Est-ce que le gouvernement américain va gagner son bras de fer ? Ou est-ce que la dignité va l’emporter ? Cela va dépendre de beaucoup de choses. Personne ne veut vivre sans électricité. Ni sans manger. Absolument personne.
Mais derrière cette bataille, se cache le combat de l’impérialisme qui veut écraser les peuples. Le peuple cubain le sait. Et il sait ce que vaut la solidarité. Les peuples d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du reste de l’Amérique latine le savent aussi. Trump ne veut pas aider le peuple cubain. Il veut le dominer.
Nous avons un rôle à jouer. La voix des peuples, de chaque personne qui va se faire entendre pour défendre le droit à la vie du système socialiste cubain vaut son pesant d’or. Si nous ne pouvons pas envoyer de baril de pétrole, nous pouvons nous indigner et dénoncer. Et chercher toutes les façons d’organiser la solidarité.

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